le Médoc... autrefois
Une
grande partie de ce pays est aride, sablonneuse et inculte ; il ne
produit de lui-même que des genêts, des bruyères, des broussailles, etc... Il
faut pourtant convenir, en premier lieu, que le bois de chêne, surtout le noir,
y croît de lui-même en quantité d’endroits, et, qu’à la longue, il s’y
formerait des forêts, si ces bois n’étaient pas broutés continuellement par les
bestiaux ; en second lieu, qu’il y a un grand nombre d’endroits bas et
enfoncés, appelés berles en patois du pays, qui seraient propres pour y former
des prairies, mais qui exigeraient des dépenses considérables pour en détourner
les eaux qui y croupissent, et faciliter leur écoulement, et qui, outre
cela, auraient besoin d’être fertilisées par des engrais ; en troisième
lieu, que ces landes, toutes incultes qu’elles sont, fournissent pendant toute
l’année le pâturage à des bestiaux de toutes espèces, entre autres à une multitude
de moutons et de brebis ; en quatrième lieu, que c’est de ces landes
qu’on tire la litière nécessaire pour les bestiaux, et qui sert à former des
engrais pour la culture des terres [...]
Les
habitants des landes sont les seuls dans le diocèse [de Bordeaux] qui
soient dans l’usage de marcher montés sur des échasses [...]. Ils sont
plutôt arrivés dans les endroits où ils ont besoin d’aller, ils passent dans la
boue sans se salir ; ils marchent dans des endroits où il y a des eaux
stagnantes, sans se mouiller. Sans le secours des échasses, il ne serait pas
possible aux pasteurs de garder leurs troupeaux, ni de les défendre des
entreprises des loups. Il ne faut pas le dissimuler, celui qui a découvert une
pareille invention, et qui en a introduit l’usage a trouvé sans contredit le
moyen de tirer partie des landes et de les rendre habitables. Sans cela,
comment aurait-il été possible d’habiter un pays dont la surface est couvert
d’eau pendant l’hiver et même pendant l’été, lorsqu’il y survient des
pluies abondantes ? [...]
La
mer avance insensiblement sur nos côtes qui sont exposées aux fureurs des vents d’Ouest et de Sud-Ouest :
c’est un fait incontestable ; mais ce qui l’est moins, c’est que les dunes
ou montagnes de sable, dont nos côtes sont bordées depuis l’extrémité du Médoc
jusqu’à l’embouchure de l’Adour, avancent continuellement dans les terres. Si
on ne trouve pas le moyen de fixer la mobilité de ces montagnes, dont la
violence du vent et des tempêtes pousse les sables dans l’intérieur des terres,
il est certain que ceux-ci occasionnent infailliblement la ruine totale des
landes [...]
On
observe que les sables qui ont couvert l’église de Soulac, qui, pour
cette raison, fut abandonnée en l’an 1744, l’ont déjà outre-passée, et qu’ils
continuent à s’avancer vers le levant. Il y a des temps où cette église paraît
à découvert, mais de nouveaux sables que la mer dépose continuellement sur nos
côtes, et que l’impétuosité des vents accumule en montagnes, la couvrent à
nouveau [...]
Abbé Baurein (Variétés
Bordelaises – 1785)

voir aussi l'article de Pierre de Cassanet
borabor
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