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daniel l’homond conteur, contes, hiroupetagoyena

Footballeur

 

 

 

   Il a huit ans. Il vient de trouver un ballon dans le parc. Il sourit et il shoote. Il shoote de toutes ses forces de bonhomme dans la balle terre ronde. Et le ballon s’envole et tourne et tourne encore tourne balle ronde autour de la terre ronde. Comme un satellite, comme la télé qui tourne et retourne le monde. La télé qui nous envoie les images des gamins des rues, de Bucarest ou Bogotá. B et B, et pourquoi pas Bourdeilles et Biarritz ? Non, voilà une question qui demanderait tellement de pourquois.

   Et le ballon lui revient. Le ballon lui revient toujours. Un autre gamin, presque le même en guenilles et en croûtes, en morve et en cicatrices, lui donne la réponse. Les deux gamins jouent maintenant, et ça leur fait du bien. Enfin, enfin un moment de jeu, d’oubli dans le parc vert et ombragé. Loin des tubes de colles et presque comme à la récré de l’école. Le premier petit bonhomme essaye un dribble, une feinte, un truc de footballeur et les éclats de rires vont lézarder les carreaux des grands buildings. Les carreaux teintés des grands buildings de la ville.

   Ulysse disait :

   - Étrangers et mendiants, tous sont des enfants de Zeus !

   Ulysse aimait à parler de l¹hospitalité. L’hospitalité c’est sans doute quand on a une maison,
et qu’on invite les gens de passage à rester. Aujourd’hui, il me semble que la terre ronde est une maison. Moi, j’habite du côté abrité, c’est sûr. Et ça n’est pas parce que je larmoie un peu dans mes contes que je suis meilleur que celui ou celle qui écoute. Non, je regarde juste la qualité du shoot. Comme les autres.

   Le petit bonhomme rate son ballon ce coup-ci, il court après et le rattrape. Il rit. Il rit encore et crie quelque chose dans une langue mal entendue. Son copain lui répond dans la même langue. Une langue que je n’entends pas mais que je comprends tout de même. Alors il me vient un immense respect pour lui, pour ses pareils, et pour celles et ceux qui soulagent de par la terre ronde, les souffrances des gamins des rues. Au nom de Zeus ou bien de ses pareils, au nom des hommes et du soleil.

   Moi, je ne fais rien. Je raconte seulement. Je vous l’ai dit. C’est un peu facile certes, et je m’en rends bien compte. Homme des pays riches et des moissons. Aujourd’hui, aujourd’hui pour la première fois de ma vie, pour partager les jeux et les bosses dans le parc, j’aimerais être footballeur.

Daniel L’Homond

 

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