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daniel l’homond conteur, contes, hiroupetagoyena

les figues

 

 

   Il cueillait des figues. Il cueillait des figues avec toute sa bonne foi d’amateur de figues. Et les figues aux sourires éclatés le faisaient sourire aussi. Les guêpes essayaient bien de protester, voire de menacer, mais la main sûre et vaillante cueillait inexorablement.

   Il riait. Il riait devant les figues qui riaient. Son rire et le rire des figues s’entendaient bien au-delà de son jardinet. Un petit jardin de ville, compressé entre un mur mitoyen et un portillon sonore et prétentieux, un portillon qui se prenait pour un portail. Les figues l’invitaient dans leur monde de rires et d’insouciance. Et ce monde pourpre et violet, rouge et jaunâtre s’ouvrait lui aussi. Ce monde-là s’ouvrait pour lui.

   Et le monde entier riait comme des figues débridées. Le monde entier sans les guerres, les masques ni les mauvaises pensées. Un monde de naïfs sans doute, un monde dans lequel le roi s¹appellerait Figue. Et la reine Figuette. Un roi gentil qui instaurerait la république. Ça c’est vraiment de la gentillesse pour un roi, de la bonté d¹âme ! Un monde dans lequel les figues soigneraient les maladies, les maladies de bouche et les maladies de peau. Et toutes les maladies, et surtout celles dont on n’ose pas prononcer le nom. Un monde dans lequel les mangeurs de figues seraient magiciens. Il suffirait de se bricoler un couteau en manche de figuier pour pouvoir découper tous les autres bois, les pierres et même les eaux. Oui, et un monde peut-être dans lequel, lui le cueilleur de figues, trouverait sa cueilleuse et ses sourires muets derrières les figuiers.

   Derrière les figuiers, elle aurait toujours une maison verte pour l’accueillir. Et il irait chez elle tous les jours, ils mangeraient ensemble des salades de figues avec du vin blanc. Ils feraient même des projets de plantation.

   Alors il riait. Il riait aux éclats et les éclats s’en allaient faire leur métier d’éclat, c’est-à-dire éclater dans la rue, dans le quartier, comme je vous le disais, bien au-delà du jardinet avec son portillon prétentieux qui se prenait pour un portail. Et les gens qui l’entendaient, les gens qui prennent toujours un blues pour un alléluia, les gens en l’entendant disaient :

   - Tiens, c’est le simplet du jardinet ! Il est heureux lui, ah quelle figue celui-là !

 

Daniel L’Homond

 

 

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