les veuves

 

Entre la veuve d'une année
Et la veuve d'une journée
La différence est grande.
La Fontaine


Le jour des obsèques, ma mère fut une excellente veuve inconsolable. Puis elle se mit à vendre les toiles d’Arold [son époux, peintre] et parcourut les mers sur des paquebots prétentieux où d’autres veuves poudrées s’affichaient aux côtés de milliardaires arrogants. Jean-Pierre Alaux (Avec vue sur l’océan)


Les épouses du défunt hurlaient, gémissaient, se griffaient la peau de leurs ongles. Ahmed frissonnait de les entendre, mais pas une fois il ne se retourna vers elles, par crainte d’affronter ces visages déformés par le chagrin, dont la laideur serait encore accentuée par la cendre dont les veuves s’étaient enduites de la tête aux pieds pour simuler leur propre mort.
Roland Brival (les tambours de Gao°


C'est inouï ce que les femmes montrent de l'aptitude à être veuves. Elles surmontent mieux leur veuvage que leur ménopause, j'ai remarqué. Il existe dans toute femme mariée une veuve qui sommeille. Quand la mort du cher conjoint (disjoint pour le coup) la réveille, instantanément elle est parée pour la manoeuvre. Qu'elles soient brunes ou blondes, le noir leur va. Elles savent instinctivement que leur longévité est supérieure à celle du mâle, alors ça les prépare moralement à assumer leur solitude. San Antonio

 

Allons, allons, ma fille, ne le prends pas comme ça. On croirait entendre une comédienne. Le monde ne manque pas d’hommes. Des hommes au grand cœur, avec le machin en état de fonctionnement. Quand on possède une forge, on trouve un bout de fer à mettre sur les braises. Laisse tomber Lourdes, comme moi j’ai fait avec La Mecque. Y a que les oisifs pour dépenser l’argent en ce genre de foutaises. T’ai-je raconté l’histoire de l’honnête veuve qui avait pris feu là où tu sais ? Comment que tu ne comprends pas ? Le feu au cul, ma pauvre ! Ça ne faisait pas six mois que son mari l’avait quittée. Oui, mort en plein rendement. Elle est restée donc chez elle, enfermée entre ses quatre murs, la malheureuse. Les bonnes l’entendaient prendre une douche froide cinq fois par jour, et même davantage. Tu imagines un peu, ma fille, tout ce frotte-frotte, toute cette eau, quelle usure pour le corps… Avant qu’on ait eu le temps de s’en apercevoir, il en reste plus rien. Que la peau et les os. Bref, un jour, elle en a eu marre de porter le deuil là où elle le portait. Elle prend le téléphone et appelle les pompiers. « J’ai pris feu ! Au secours, je brûle ! Je suis tout enflammée ! » Les pompiers lui conseillent de se protéger avec une couverture mouillée, de quitter la maison. Normal. « Mais y a pas le feu à la maison ! – Alors, où l’avez-vous ce feu, madame ? – Au cul, capitaine ! J’ai le cul en flammes ! Par pitié, venez vite l’éteindre ! » Une sorte de pyromane, à ce qu’on dit. Depuis ce jour-là, elle flambe sans arrêt. Au point qu’il a fallu improviser une caserne de pompiers à même sa porte. Ces pauvres garçons (de vrais héros, car il faut voir la tronche qu’elle se paie) font la queue pour venir à bout de ce brasier…, à coups de queue, évidemment ! Le danger existe que ce genre de sinistre se propage dans la ville ; elles sont une foule à Marrakech, les veuves. Agustin Gomez-Arcos (l’aveuglon)

 

 

Une femme sortait de chez Carrefour avec ses commissions lorsqu'elle voit un cortège funèbre inhabituel arrivant au cimetière tout proche.

 

Un corbillard, suivi d'un second corbillard avec derrière, une femme seule avec un pit-bull en laisse.

 

Quelques pas derrière elle, environ 200 femmes marchaient en file indienne.

 

Ne contenant pas sa curiosité, la femme s'approche respectueusement de la femme au chien et lui dit :

 

"Je suis désolée de vous déranger et je sais que le moment est mal choisi, mais je n'ai jamais vu un enterrement comme celui-ci. C'est l'enterrement de qui ?

- mon mari

- que lui est-il arrivé ?

- mon chien l'a attaqué et l'a tué.

- et qui est dans le deuxième corbillard ?

- ma belle mère. Elle a essayé d'aider mon mari et le chien s'est retourné sur elle."

 

Entre les deux femmes, un moment de silence poignant...

 

"Je pourrais vous emprunter votre chien ?

- mettez vous dans la file"....

 

Merci Christine

 

 

 




 

 

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