la Télé
Vision
La télé, c'est aussi, hélas ! un élément d'abêtissement, en ce
sens que les gens se fient à ce qu'on leur montre. Ils n'imaginent plus. Ils
voient. Ils perdent la notion de jugement et ils se prêtent gentiment à la
fainéantise. La télé est dangereux pour les hommes. L'alcoolisme, le bavardage
et la politique en font déjà des abrutis. Céline (cité par Jacques Chancel dans "le temps
d'un regard")
On ne s’intéresse plus à ce
qu’on donne aux gens, mais on veut être sûr qu’ils regardent. Quand on fait une
émission, on ne pense pas : ‘’ Combien y aura-t-il de gens de l’autre
côté ?’’ parce que si on pense ça, on fit de la télévision démagogique, on
caresse dans le sens du poil, bref on fait de la télévision vichyste. Bernard Rapp (Envoyé Spécial,
le livre)
Je me suis mis à penser à
l’artillerie qui nous pilonne à longueur de journée. "Canon à
électrons", les constructeurs appellent ça, non sans une méritoire
honnêteté. Blottis au fond du tube de nos téléviseurs, ces canons sont devenus
de loin les principaux interlocuteurs de la plupart de nous. A jets continus
ils nous crachent leurs petites particules de lumière en pleine poire. Et l’on
s’étonne que nous n’ayons plus d’yeux, plus de cerveau, pour saisir quelque
chose du monde qui nous enserre.
Marc Bressant (Mangin –
Mémoires d’un vieux parapluie)
Je ne me suis jamais beaucoup
intéressé à l’actualité, mais il m’arrive parfois de regarder la télévision.
Pour emmerdante qu’elle soit, elle est moins insupportable que Germaine.
Naturellement je ne crois pas un mot de ce qu’elle raconte. Yvan Audouard (Un homme à
nous)
La télévision nous a habitués à tout voir,
à tout connaître. Nous assistons à tout. A la meilleure place. Celle de la
caméra, œil unique de la multitude. Rien ne nous échappe, rien ne nous est
épargné, ni la naissance en gros plan, objectif ensanglanté, ni le mariage
princier, larme à l’œil de la reine mère, ni la fusillade dans le jardin de
l’ambassade avec la mort en direct, ni le dernier soupir d’un enfant décharné
dans des bras qui arrivent trop tard, ni le lent panoramique sur les
mutilations infligées aux cadavres... Attention ! ces images sont
dures ! Mais, si vous les manquez au journal de 13 heures, vous aurez
la chance de les retrouver dans l’édition du soir... On croit qu’on a tout vu
alors qu’on nous fait voir ce qu’on veut que nous voyons. Frédérique
Hébrard (la chambre de Goethe)
Certains
[mineurs immigrés] passaient
le soir à la maison en sortant des fosses. Il n’y avait pas encore la
télévision, alors on discutait. De tout, mais surtout de justice, de
solidarité, de fraternité, ce dont ils avaient le plus besoin.
Dominique Lapierre (La cité de la
joie)
C’est un médecin d’Andernos
qui a battu le record des gains à
"Qui veut gagner des millions", trois cent mille euros, ce qui
est tout de même pas mal. Il a juste calé sur la dernière question. Alors on
dit : "oui, c’est un jeu débile où n’importe quel gamin de quatre ans
pourrait répondre à n’importe quelle question". C’est pas vrai. C’est pas
vrai. Les œuvres de Victor Hugo, le participe présent du verbe compatir ou
l’altitude du Mont-Blanc, ça va encore, ça s’apprend à l’école. Mais pour le
reste... j’avoue bien humblement que les questions sur l’identité des Pokemon,
ou le fait de savoir quel héros de série policière américaine porte ou non la
barbe – rigolez pas, ils ont posé exactement la même question l’autre soir – ou
encore qui est sorti le premier de la Star Académie 2, je suis à peu près
sûr de sécher lamentablement et je ne vois pas quel ami dans mon entourage pourrait
répondre à coup sûr à ces questions [...]
Ils ne sont pas tellement scotchés devant la télé.
En fait, c’est l’un des
grands problèmes de notre société actuelle, c’est que la culture passe d’abord
par la télévision. Et pas parce qu’elle nous délivre des plages de culture à
travers les émissions sur l’architecture, l’histoire ou la biologie, non, non,
pas du tout... c’est parce qu’elle devient culture elle-même. C’est comme ça.
Si vous n’êtes pas capable de donner le titre d’une émission présentée par Pascal
Bataille et Laurent Fontaine - qui sont tout de même à l’intelligence ce que le
silex est à la bombe à neutrons, c’est-à-dire le degré zéro de l’évolution
humaine - et bien, vous manquez cruellement de culture. Et chez Foucault, ça
peut vous coûter des millions. D’autant que la culture, ça évolue en
permanence. Moi, quand j’étais gamin, on m’apprenait que Foucault, c’était au
choix un missionnaire français assassiné en Algérie, un physicien célèbre pour
son pendule, ou un philosophe des mécanismes historiques. Mais tout ça, c’était
il y a des années lumières quand il fallait être vraiment cultivé pour gagner
de l’argent à la télévision. Aujourd’hui, moins on en fait, plus on gagne, le
summum restant tout de même Loft Story, autrement dit la mise en scène du vide
absolu dans les cerveaux comme dans les emplois du temps pendant quatre mois.
C’est peut-être ça qui, aujourd’hui, fascine le plus. Alors, il me reste à
m’entraîner sérieusement pour tous ces jeux où on gagne beaucoup d’argent sans
faire grand chose. Déjà j’essaie de ne rien faire le plus souvent possible – on
ne sait jamais, ça peut être un atout – et puis alors, je les ai bien repérés,
Derrick, Colombo et Navarro, ils n’ont pas la barbe et Julie Lescaux non plus
d’ailleurs. C’est bien, j’ai fait un grand pas vers le premier palier de gain.
Pour le reste, j’ai programmé "C’est mon choix" sur mon magnétoscope
et je vais bien le décortiquer. Si seulement il y avait une question sur cette
émission chez Foucault, ça m’éviterait de passer pour le maillon faible.
Réfléchissez bien à tout ça.... Jean-Pierre Gauffre
30/12/2002 extraits (France Bleu Gironde)
Les psychotropes et la
télévision – les deux grands abrutisseurs de la population carcérale – sont une
aubaine pour le personnel pénitentiaire qui les dispense avec largesse. Il faut
être fort dans sa tête pour résister à la tentation de cette fuite
artificielle, ainsi qu’à ce divertissement hypnotique qui enlève, peu à peu,
toute autonomie de pensée. Danielle Huèges (A quoi sert
de maudire la nuit ?)
C’était sûr, c’était
lui ! A peine arrêté, un bagagiste de Roissy se révélait un
"terroriste" et les preuves s’accumulaient sans que les journalistes
n’aient besoin de faire la moindre enquête puisque la police faisait le travail
à leur place. Bien que l’accusé affirmait que les armes trouvées dans le coffre
de sa voiture faisaient partie d’un complot familial, son compte était bon. Sa
photo s’étalait sur les écrans de télévision aussi bien que dans la presse,
pour que chacun reconnaisse en ce Nord-Africain un dangereux islamiste
fondamentaliste et une "taupe" réveillée par un réseau secret qui
serait bientôt démantelé. Tout était assuré. Pour faire bonne mesure et
éradiquer le mal, une partie de sa famille allait goûter aux joies des prisons.
Quand en fin de JT de 13 heures sur France 2, le 10 janvier
dernier [2003], une brève annonçait que la
thèse du complot de la belle-famille était exacte. Pour le coup, plus de photo
du suspect numéro un. Les journalistes de télévision parlent du "principe
de précaution" mais préfèrent les images.
P.S. : ce cas n’est pas
isolé. Reste à savoir si le "terroriste" de Roissy aura un droit de
réponse à la mesure de son préjudice. Ça se discute, mais ce n’était pas son
choix.
Humeur
de Michel Perrot (TV hebdo de janvier 2003)
Et vous, qu'en pensez-vous ? que pensez-vous des émissions du genre loft par
exemple ? vos réactions sont les bienvenues

borabor
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