Coup de gueule humeur chasse
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la chasse.

La chasse a ses partisans et ses détracteurs. Je crois que
chacun doit s’accorder à imaginer qu’avec la disparition des grands prédateurs
et pour un bon équilibre de la nature, il faut néanmoins conserver un certain
type de chasse.
Voici quelques éclairages sur cette activité :
La chasse en Sologne, avec cent rabatteurs qui
poussent quelques bestioles effrayées devant les "orgues de Staline",
ou du gibier lâché la veille, des faisans qui s'approchent des hommes qui,
hier, leur donnaient à becqueter, c'est hideux. Et cette parade
pseudo-militaire, en grands uniformes, fusils cassés sur l'avant-bras, et cette
morgue des Tartarins du petit matin, c'est odieux et ridicule. Le soir venu,
les serviteurs étalent le gibier assassiné devant la demeure du maître, et
chacun choisit sa dépouille.
Nicolas Hulot (les
chemins de traverse)

Un chef d’État africain est invité à une chasse
présidentielle à Rambouillet. Pendant la chasse,
il voit qu’on apporte, sur une civière, un des rabatteurs blessé. Il
s’écrie : "Je ne savais pas
qu’on les tirait. Dommage, j’en a vu passer plusieurs". Robert Lassus
(l’alphabet bête).
Avant la guerre de 1939, les tableaux que j’ai vu
faire, puis ceux auxquels j’ai participé, laissent rêveurs, sinon incrédules,
les chasseurs d’aujourd’hui [1988]. Ceux-ci, après avoir soigneusement appris
leur leçon d’examen, payé fort cher leur permis, en sont aujourd’hui réduits à
arpenter nos plaines vides, en pensant qu’au total une canne leur serait plus
utile qu’un fusil, leur bien maigre consolation étant de ne pas à avoir à le
nettoyer en fin de journée.
Robert Chatel (un fils
de Bayard)
On ne sais pas assez parfois qu’un vrai chasseur n’est
pas ce "barbare" ennemi de la faune, tueur dans l’âme comme certains
et des donzelles avides de pub gratuite voudraient le faire croire. C’est
souvent un être poète à sa manière et qui trouve plus de plaisirs à la marche
dans la nature, aux sensations de la poursuite et de la traque, au fait du tir
que celui de détruire.[...]
C’était deux ans avant la dernière guerre, époque à
laquelle on rencontrait du gibier sédentaire et non pas seulement des oiseaux
d’élevage qu’on tire des élevages, des volières, la veille de l’ouverture dont
le tir relève du massacre programmé, avec de ces gars en tenue de para bariolée
munis de fusils à cinq coups. Jean-Marcel
Henry (Confidences de l’arbre)

Il y en avait, parmi ces têtes, plus d’une mauvaise, il
y avait les fraudeurs de pêche et de chasse ; mais il les laissait :
leurs transgressions n’étaient jamais que des manières d’opérer conformes à une
loi de beaucoup plus d’ancienneté que celle du gouvernement. Alphonse de Chateaubriand (la Brière)
Deux
chasseurs sont dans la forêt.
Soudain, l'un des deux tombe par terre, comme une pierre.
L'autre affolé, prend son portable et téléphone aux urgences.
"-Allô? Mon ami est par terre il ne respire plus, je crois qu'il est mort!
- D'abord assurez-vous qu'il est bien mort."
On entend alors un coup de feu.
" - Ça y est, et après?
Tita et moi avons au moins cela en commun :
l’horreur du meurtre, par-dessus tout du meurtre gratuit. Homme ou bête, ce
nous est tout un ; et cela s’appelle souffrance. Et cela s’appelle peur,
fuite éperdue, agonie sans fin, nichées abandonnées crevant de faim sans
comprendre, mort, mort, mort, souffrance, souffrance… Les chasseurs à gros bide
et à trogne bleue, déguisés en commandos de la jongle, tenue de combat
camouflée, œil farouche, avec leurs femelles habillées de virilité de cinoche
par le grand couturier, me sont le parfait exemple de la férocité quand elle
est permise, de la férocité à bonne conscience, de la férocité épanouie. Oh, comme
ils aiment tuer ! Comme ils sont contents qu’il existe des
« nuisibles » ! Etonnez-vous qu’ils adorent lyncher, qu’ils
soient pour la peine de mort, qu’ils tirent si facilement dans le dos en cas de
« légitime défense », qu’ils partent en chantant pour les guerres,
qu’ils bombardent des villes avec tant de minutie, quand c’est permis !
Amoureux de la nature, se proclament-ils ! Pourquoi tuer, alors ?
Justement, rétorquent finement leurs défenseurs barbouillés de culture :
l’amour et la mort sont jumeaux, gningningnin. Il y a toujours un paradoxe
littéraire pour justifier n’importe quoi.
Belle lurette qu’il n’y a plus de gibier, par ici, ils ont tout tué, alors ils
« ensemencent », c’est le terme exact, il existe des élevages de
faisans, de lapins, de cailles, de tout ce qu’il faut, plein la région, ils
viennent vous manger dans la main, ils n’ont le droit de vivre que le temps
d’être tués. Car la terre appartient à l’Homme, son Dieu le lui a dit, et les
bêtes y sont tolérées pour sa nourriture et pour son plaisir, à lui, Homme,
chouchou de Dieu.
Cavanna (les yeux plus
grands que le ventre)
Heutebise […] tonnait contre les battues
et les chasses à courre, ce qui leur donnait matière à discussion. Mousin
reconnaissait qu’il fallait être ballot et niquedouille pour courir à vingt
chevaux et trente chiens après un cerf que premièrement on n’attrapait pas
toujours, et que deuxièmement on ne mangeait pas si on arrivait à le
choper : la chasse à courre, c’était un amusement des monsieurs de, guère
plus fin que la capture des hannetons par les petits bergers, et moins
pardonnable vu l’âge des chasseurs ! Pour les battues, il ne partageait
pas l’avis d’Heurtebise, on voyait bien qu’il n’avait jamais été paysan, et
Mousin tâchait de lui représenter la dévastation que les sangliers pouvaient
apporter aux cultures, des sales bestiaux qui vous déterraient en ravage les
patates, les topines, en une seule nuit des boisseaux de perte !
Michelle Clément-Mainard (La
foire aux mules)
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